29 novembre 2009
Programme Décembre 2009
Vous pouvez télécharger le programme de décembre 09 en cliquant sur la miniature ci-dessous :
Le programme de décembre est particulièrement riche en films importants de réalisateurs renommés. Signalons surtout la sortie nationale de Tetro de Francis Ford Coppola, présenté dans notre salle entre le 23 décembre et le 5 janvier 10.
L'avis des Montreurs
L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea
En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour être les vedettes de L'Enfer. Un projet énigmatique et insolite, un budget illimité, un film qui devait être un "événement" cinématographique à sa sortie. Mais après 3 semaines de tournage, le drame. Le projet est interrompu, et les images que l'on disait "incroyables" ne seront jamais dévoilées.
Ces images, oubliées depuis un demi-siècle, ont été retrouvées et elles sont plus époustouflantes que la légende l'avait prédit. Elles racontent un film unique, la folie et la jalousie filmées en caméra subjective, l'histoire d'un tournage maudit et celle d'Henri-Georges Clouzot qui avait laissé libre cours à son génie de cinéaste. Jamais Romy n'a été aussi belle et hypnotique. Jamais un auteur n'aura été aussi proche et fusionnel avec le héros qu'il a inventé.
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea réussissent ici une "recomposition" de l'oeuvre disparue, créant un nouveau film qui raconte l'histoire de ce naufrage magnifique et qui permet au projet d'exister enfin. En plus des images de l’époque, les réalisateurs ont rencontré et interviewé tous les protagonistes de l’époque, et en particulier les techniciens : cadreurs, directeurs de la photo, preneurs de son, maquilleurs… Grâce au budget illimité, ils avaient carte blanche, et ont tout essayé. La scène du lac est éloquente, elle nous montre le travail titanesque et démentiel nécessaire pour parvenir à des effets spéciaux inédits à cette époque, et évidemment réalisés sans ordinateurs ! En s’inspirant de Vasarely, entre autres, toutes les audaces visuelles étaient envisagées, pour exprimer à chaque fois la même chose : la jalousie pathologique du personnage.
Les témoignages sont riches, pointus, et permettent de se rendre compte de la démesure de ce projet. Finalement, offrir un budget illimité à Clouzot fut peut-être un cadeau empoisonné. Il y perdit pied, s’enfonçant de plus en plus loin dans l’expérimentation. Et les images de l’époque sont d’autant plus troublantes qu’elles ont pour objet Romy Schneider, 26 ans à l’époque, magnifique, magnétique. Ce documentaire nous permet de plonger au cœur de la fabrication d’un film, réalisé par un des plus grands cinéastes français du XXe siècle. L’Enfer n’existe pas, nous nous consolerons avec ses autres chefs-d’œuvre : Le Corbeau, Les Diaboliques, Le Salaire de la Peur…
(Pierre Dupont)
Hadewijch de Bruno Dumont (France)
Quel drôle de nom ! De fait, elle s'appelle Céline...
Le personnage titre a vraiment existé, mais au XIIIe siècle. Celle que l'on appelait Hadewijch d'Anvers était une poétesse flamande dont la vie nous est à peu près inconnue. On associe généralement son mysticisme aux Béguines, communauté spirituelle contemplative mi-laïque principalement développée en Flandre hors des couvents. Voici un extrait de ses Poèmes spirituels (traduit du moyen néerlandais par frère J-B P et recueilli dans "Dieu et ses poètes" par Pierre Haïat, Desclée de Brouwer 1987)
"Ce que l'Amour a de plus doux, ce sont ses violences / son abîme insondable est sa forme la plus belle / se perdre en lui, c'est atteindre le but / être affamé de lui c'est se nourrir et se délecter / l'inquiétude d'amour est un état sûr / sa blessure la plus grave est un baume souverain / languir de lui est notre vigueur / c'est en s'éclipsant qu'il se fait découvrir / s'il fait souffrir, il donne pure santé / s'il se cache, il nous dévoile ses secrets / c'est en se refusant qu'il se livre / il est sans rime ni raison et c'est sa poésie / en nous captivant il nous libère / ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations / s'il nous prend tout, quel bénéfice ! / C'est lorsqu'il s'en va qu'il nous est le plus proche / son silence le plus profond est son chant le plus haut / sa pire colère est sa plus gracieuse récompense / sa menace nous rassure / et sa tristesse console de tous les chagrins : / ne rien avoir, c'est sa richesse inépuisable."
Bruno Dumont a choisi de transplanter cette soif d'absolu dans le XXIe siècle en Julie Sokolowski, la jeune comédienne qui l'incarne dans son film. Elle est d'un naturel et d'une simplicité éblouissants. Et elle nous fait vivre dans son corps sa souffrance et sa candide sensualité, sa totale ouverture à un monde, aux autres mais aussi sa quête de l'absolu qui dérive jusqu'à la négation de l'humanité au nom de Dieu.
Car le film est d'une actualité brûlante : ce que montre, d'après moi, le film de Bruno Dumont, c'est que la spiritualité recherchée dans l'absolu de Dieu ne peut mener qu'au fanatisme, que, si aujourd'hui, on attribue à l'Islam intégriste la responsabilité de ce cheminement, il existe aussi dans le Christianisme, ce que prouve notre lointaine histoire. Le plan où Céline est cadrée en prière avec ses deux amis musulmans l'explicite clairement par l'image.
Au cours du débat avec Bruno Dumont qui a suivi la projection du film à Auch, le réalisateur a développé sa pensée : il a rappelé que la spiritualité s'était essentiellement exprimée à travers les religions, produisant des oeuvres belles, atteignant des sommets artistiques mais avec le corollaire du fanatisme, qu'aujourd'hui il manquait au monde l'expression d'une spiritualité profane capable d'exalter avec autant de perfection, non l'amour de Dieu mais l'amour de l'humanité.
Le dénouement du film, dans son étrangeté, montre à mon avis que son héroïne y est parvenue. J'ajoute que le film est très beau au niveau cinématographique.
(Michèle Pujos)
15 novembre 2009
Programme Festival Cinéma / Photographie
Vous pouvez télécharger le "recto-verso" du programme du Festival Cinéma & Photographie en cliquant sur les deux vignettes ci-dessous (en remerciant notre partenaire www.sortir47.fr, qui a bien voulu "héberger" ces programmes sur son serveur) :
27 octobre 2009
Programme Novembre 2009
Vous pouvez télécharger le programme de Novembre 2009 en cliquant sur la miniature ci-dessous :
Le Ruban Blanc, Palme d'Or obtenue par Michael Haneke au Festival de Cannes, est programmé en sortie nationale du mercredi 28 octobre au mardi 10 novembre.
L'avis des Montreurs
Le Ruban Blanc de Michael Haneke (Allemagne)
Le Festival de Cannes a donc honoré un des plus grands moralistes du cinéma contemporain. Ou, autant le dire à ma façon, un des plus prétentieux donneurs de leçons actuels. Je concède pourtant que la mise en scène du Ruban Blanc est d'une maîtrise parfaite, que les mouvements d'appareil sont d'une impressionnante fluidité, que la photographie en noir et blanc est somptueuse, que les interprètes jouent tous magnifiquement, que certaines séquences sont tout bonnement fabuleuses (le petit enfant et l'oiseau qu'il offre à son père, la découverte du concept de la mort par un autre gamin, l'humiliation de la sage-femme par le docteur...) Dans ce cas-là, habituellement, on tient les ingrédients d'un chef d'oeuvre. Pas pour Haneke, dont le but n'est pas tant de montrer quelque chose que de DEmontrer une thèse quelconque à longueur de films, depuis l'aube de sa carrière. De la même façon que le spectateur reste derrière la porte lorsque le pasteur bat ses enfants, le propos du film tout entier semble "hors champ", dans une note d'intention du réalisateur. A vrai dire, je me demande même ce qu'il a voulu démontrer. Qu'une éducation trop rigoureuse est le parfait terreau du fascisme ou de toute forme de "terrorisme" ? Ah... Toute cette maîtrise pour un propos aussi simpliste ?
D'un simple point de vue scénaristique, je n'ai absolument pas saisi les "ressorts policiers" de l'intrigue : je n'ai pas compris qui diable pouvaient bien être les coupables des incidents qui nous sont présentés et, à vrai dire, je dois avouer que je m'en moque totalement. Si j'en crois les propos recueillis ici et là, il s'agirait des enfants, ceux-là même qui, 20 ans plus tard, adhéreront aux thèses du National Socialisme. Tout ça pour nous enseigner qu'un salopard ne le devient pas une fois adulte mais que l'enfance n'est pas seulement peuplée que de mouflets auréolés ? Un peu réducteur, non ?
Un bon cinéaste est, à mon sens, un artiste qui parvient à persuader le spectateur qu'il sort grandi et plus intelligent de la salle quand il a vu son oeuvre, et non pas un juge qui donne le sentiment au spectateur qu'il est un parfait imbécile, un ignare, voire un coupable comme l'avait fait Haneke dans Funny Games. Qu'il fasse donner des coups de cravache à ses personnages, passe encore, mais à son public, non merci. Et en bon "chevalier blanc", je préfèrerais qu'il aille exposer ses thèses fumeuses dans une tribune du Monde plutôt que de nous infliger un pamphlet (un pensum ?) pareil.
Un élément du film m'a fait tenir sans trop m'énerver : que le contexte, historique, géographique et social du Ruban Blanc soit très proche de celui dans lequel se construit le roman "Les Enfants Jéromine" d'Ernst Wiechert que je viens d'achever, une oeuvre elle aussi extrêmement moralisatrice mais d'une humilité sidérante en comparaison de ce long métrage empli de la vanité et de la morgue de son auteur.
(Roland Kermarec)
Les Animations des Montreurs
Jeudi 5 novembre, 20h30, Kommunalka
La projection de ce documentaire sera suivie d'une discussion avec sa réalisatrice Françoise Huguier. Le film est présenté dans le cadre de la 10e édition du Mois du Film Documentaire (www.moisdudoc.com). La soirée est organisée à l'occasion de l'inauguration de l'exposition de photos de Françoise Huguier Sur les traces de l'Afrique fantôme qui se tiendra du 5 novembre au 19 décembre pour l'opération Black Africa Mix au 1er étage du Centre Culturel d'Agen.
Voici la note d'intention de la réalisatrice pour Kommunalka :
Héritage de l'Union soviétique, les appartements sont aussi une réalité contemporaine. À l'époque de Staline, dans toutes les villes d'URSS, les grands appartements furent réquisitionnés pour y loger le plus grand nombre de gens. Chaque pièce fut alors attribuée à une famille et certains appartements en abritaient jusqu'à dix qui devaient se partager l'unique cuisine, l'unique salle de bain, l'unique toilette. Ce type de logement existe toujours.
90.000 appartements sont encore habités de façon communautaire : c'est le seul moyen économique de loger en ville et d'éviter la vie en banlieue. On y est soit locataire de la municipalité, soit propriétaire. Les locataires vivent chichement dans des semi-taudis, les propriétaires entreprennent des petits travaux. Les pièces communes, elles, appartenant à la ville et meublées à l'origine par l'Etat, se dégradent lentement mais sûrement.
Vivre dans ces appartements, c'est vivre dans une promiscuité constante, c'est partager le quotidien des autres, c'est ne pas avoir de réelle intimité. C'est aussi observer des règles strictes qui ponctuent tous les gestes du quotidien. Ces règles varient d'un appartement à l'autre mais dans tous les cas, l'activité de chacun est régie et surveillée par la communauté. Semblant de démocratie car en réalité c'est la loi du plus fort qui triomphe.
Alors on s'arrange, on se retranche dans sa chambre, on parle le moins possible à ses voisins, on évite les pièces communes. D'ailleurs, pour éviter les conflits et les confrontations, on n'y trouve ni siège, ni banquette. Un Russe m'a dit un jour : "La vie communautaire est dans notre sang. On a appris dès l'enfance comment faire avec l'amour, avec la haine. L'amour, c'est dans les chiottes ou la salle de bain. La haine, on l'enferme en soi quand un voisin rentre saoul et tabasse sa femme. On a appris à ne pas réagir, à ne pas s'en mêler. En Russie, comme en URSS avant, en cas de conflit, on ne se mêle pas des histoires des autres. »
Ces appartements abritent des gens de toute origine, de toute classe sociale : mélange des genres et échantillonnage de la société russe toute entière dans un même lieu. C'est en 2001, lors d'un premier voyage à Saint-Pétersbourg que j'ai découvert l'appartement communautaire de la rue Sovetskaya et Natacha. Je travaillais alors à un livre de photos sur ces appartements, "Kommunalka" ou "KK " en russe. J'en ai visité et photographié un certain nombre, j'y ai habité aussi.
En 2002, revenue à Saint-Pétersbourg pour terminer mon travail photographique, j'ai retrouvé Natacha, l'appartement de la rue Sovetskaya et ses autres habitants. J’ai vécu cinq mois avec eux et c’est à ce moment-là qu'est né le projet de ce film. J’avais envie de les filmer dans leur intimité, d’en capturer les excès de joie et les moments de désespoir. Ce décor devenant par le temps et sa fonctionnalité cet endroit surréaliste où explosent les contradictions de l’être humain et de la culture russe.
J’ai créé une sorte de dispositif, en traitant les habitants de la « Kommunalka » comme s’il s’agissait d’acteurs non professionnels. Ils improvisent, adaptent et jouent leur propre rôle, se prêtant plus ou moins à mon désir de réalisatrice.
Jeudi 12 novembre, 20h - Les Enfants Invisibles
Les Enfants Invisibles est un film composé de sept courts métrages réalisés par de grands réalisateurs (Emir Kusturica, Spike Lee, John Woo, etc.) qui évoquent les destins d'enfants issus des quatre coins du monde. La projection sera suivie d'un débat avec les membres de l'UNICEF et Paulette Préhembaud, secrétaire générale adjointe du comité français UNICEF.
Cette soirée est organisée en partenariat avec l'UNICEF, la Ligue de l'Enseignement, la Ville d'Agen (membre du réseau UNICEF "Ville amie des enfants"), dans le cadre du soixantième anniversaire de la Convention des Droits de l'Enfant.
27 septembre 2009
Programme Octobre 2009
Vous pourrez accéder à la programmation du mois d'octobre 09 des Montreurs en cliquant sur la miniature ci-dessous :
Outre les animations prévues ce mois-ci et dont vous trouverez le détail ci-dessous, à signaler notamment la sortie nationale du documentaire Rachel, réalisé par Simone Bitton et qui fait la "Une" de notre programme mensuel.
"Pour des raisons indépendantes de notre volonté" (message classique mais hélas approprié), nous avons été contraint de boucler l'édition et la publication de notre programme en catastrophe à la dernière minute. Nous vous présentons nos excuses pour les diverses coquilles qui l'émaillent (il faudrait même mettre en place un jeu mensuel de relevé des 7 erreurs !). Plus important, toutefois, une erreur d'horaire s'est glissée à l'intérieur du programme : la soirée consacrée à Léger tremblement du paysage aura bien lieu le vendredi 23 octobre à 18h15 comme indiqué sur la grille récapitulative, et non à 21h comme indiqué par erreur sur la fiche du film : Montreursa Culpa :)
Les Animations des Montreurs
Mercredi 30 septembre et Vendredi 2 octobre, 21h - Hommage à Yves Chaland
Yves Chaland (1957-1990) est un scénariste et dessinateur de bande dessinée qui a relancé, dans les années 1980, le style de la "ligne claire" en France, ce langage graphique notamment issu de Hergé. Les Montreurs proposent deux films en liaison avec le monde de la bande dessinée, autour des Rencontres de Nérac qui rendent hommage tous les ans à Yves Chaland, en partenariat avec Ecrans 47.
La séance de Dick Tracy (réalisé par Warren Beatty) du mercredi 30 septembre à 21h se prolongera ainsi par une rencontre avec Ted Benoît et Madeleine Demille (respectivement dessinateur et coloriste des Nouvelles Aventures de Black et Mortimer) et Isabelle Chaland (organisatrice des Rencontres de Nérac).
Le surlendemain, vendredi 2 octobre à 21h, la séance du film Prince Vaillant réalisé par Henry Hathaway sera suivie par une rencontre avec Jean-Pierre Dionnet : scénariste de bande dessinée, producteur et distributeur de films, présentateur de télévision, Dionnet avait décelé le talent d'Yves Chaland en 1978 en le faisant collaborer au magazine Metal Hurlant.
Jeudi 15 octobre, 20h30 - Le Sel de la Mer
La séance de ce film franco-palestinien, réalisé par Annemarie Jacir, sera suivie d'un débat animé par des membres du Comité Palestine 47.
Vendredi 23 et Samedi 24 octobre, Week-end ACID
Le temps d'un week-end et de trois films, les Montreurs vous proposent un "concentré d'ACID". L'ACID, partenaire de cette animation, est l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion.
Le vendredi 23 octobre à 18h15 sera diffusé Léger tremblement du paysage, suivi d'une rencontre avec son réalisateur Philippe Fernandez. La projection du film sera précédée de la diffusion du court métrage muet La Caverne - Conte Philosophique, qui sera sonorisé en direct au piano par Philippe Fernandez.
Le samedi 24 à 14h30, la projection du film Je suis de Titov Veles sera suivie d'une rencontre avec des réalisateurs et des membres de l'ACID.
Ce même samedi à 21h sera proposée le film Rachel en sortie nationale. Cette projection sera également suivie d'une rencontre avec des membres de l'ACID. Ce documentaire de Simone Bitton a été sélectionné lors de la 59e édition du Forum de Berlin ainsi qu'au festival Cinéma du Réel.
"Rachel est un film qui touche juste. Sa force vient aussi bien de son sujet emblématique, la mort tragique à Rafah de Rachel Corrie, militante pacifiste solidaire des Palestiniens, que du dispositif narratif déployé par la réalisatrice. Rachel se présente comme une enquête sur les circonstances du décès de la jeune activiste : accident malheureux dans un contexte de guerre ou meurtre à résonance politique sur fond d'occupation et de "nettoyage sécuritaire" ? Le documentaire de Simone Bitton est émouvant, rigoureux et sobre. Emouvant parce que sobrement mis en scène, même si le menu des images et des sons qui nous sont offerts est bien généreux." [Abraham Segal, cinéaste de l'ACID]
L'avis des Montreurs
Public Enemies de Michael Mann (Etats-Unis)
Je n'ai pas été captivé durant les 135' de ce nouveau long métrage de Michael Mann, mais c'est peu de dire que mon attention a par contre été pleinement captée : j'ignore d'où vient cette sensation paradoxale, et c'est ce qui est un peu déstabilisant. L'intrigue n'a en effet strictement rien d'original, à aucun moment de l'histoire de John Dillinger : les braquages, les évasions, la traque, chacun de ces épisodes a été vu cent fois précédemment. Par ailleurs, il devient parfois difficile d'être touché par le traitement romantique de la biographie d'un criminel, même si Mann a su en grande partie éviter cet écueil. Les défouraillages à tout va n'impressionnent plus guère non plus autre chose en moi que mon système auditif. Alors, qu'est-ce ?... Qu'est-ce qui fait aussi, dans la mise en scène de Mann, qu'on est à la fois dans une reconstitution soignée et irréprochable de la période de la Prohibition, qui a d'ailleurs donné tant de bons films (cet autre mystère mériterait qu'on s'y penche un jour) et que, simultanément, le film paraît si moderne, comme contemporain, malgré les costumes, les décors, les accessoires...
A recommander particulièrement : la séquence où Dillinger pénètre à Chicago dans le bureau d'investigation qui lui est consacré, tout bonnement prodigieuse dans la mise en scène, même si historiquement très improbable (à un degré moindre, celle de l'arrestation de Billie Frechette également).
(Roland Kermarec)
Partir de Catherine Corsini (France)
Belle idée que d'avoir traité le sujet d'une "banale histoire d'amour" (expression d'une antithèse absolue ?) en la plaçant non pas, comme souvent, hors du temps, comme suspendue par delà les époques et les lieux, mais en l'insérant fortement dans les contraintes économiques de notre temps. L'Amour en Crise. La Femme d'à Côté (ou quelques autres titres de Truffaut, cités çà et là à travers le choix des musiques composées par George Delerue) revisitée au travers le prisme du réalisme social, quand la lucidité oblige à ouvrir les yeux et à oublier le "vivre d'amour et d'eau fraîche".
Superbe Kristin Scott Thomas, qui incarne avec aisance la passion, le désemparement, l'obstination, la fragilité, l'animalité aussi, le naturel, le courage d'une femme qui fait le choix de partir de d'assumer envers et contre tous la vérité de ses sentiments.
(Roland Kermarec)
Une journée particulière d'Ettore Scola (Italie / 1977)
Un des sommets du cinéma italien des années 70 : Ettore Scola nous fait sentir à travers deux personnages le poids de l'idéologie totalitaire. Pas de reconstitution historique à grand spectacle mais un quasi huis clos dans un immeuble mussolinien déserté par ses habitants qui sont allés acclamer le Duce et le Führer. Une femme, une mamma italienne cantonnée à la cuisine, aux enfants et à la domination du mâle, et un intellectuel homosexuel se retrouvent dans leur marginalisation. L'utilisation du son crée le hors champ totalitaire et nous rend présent le poids de l'idéologie qui envahit la vie et les consciences. Et il y a , bien sûr, deux monstres sacrés, Sophia Loren et Marcello Mastroianni, à contre-emploi. Magistraux ! A voir et à revoir.
(Michèle Pujos)
08 août 2009
Programme Septembre 2009
Vous pouvez télécharger le programme de la rentrée 2009 en cliquant sur la miniature ci-dessous :
L'avis des Montreurs
La fièvre dans le sang /Splendor in the Grass d'Elia Kazan (Etats-Unis / 1962)
Parce qu'ils le disent mieux que moi et qu'ils sont des pros en matière de cinéma américain, quelques citations de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon (50 ans de cinéma américain) :
"A la question "Qu'est-ce que le cinéma ?", on ne peut répondre (à moins d'écrire un volume) que de façon limitative et arbitraire, en citant des noms, des titres, ou mieux un nom, un titre symbolique. Ce nom, pour nous, pourrait bien être Kazan ; ce titre Splendor in the Grass / La fièvre dans le sang...
Les premiers plans de Splendor in the Grass, les paysages de Wild River / La Rivière Sauvage et de America, America, le parc de l'hôpital, la maison familiale de The Arrangement. Tous ces décors, souvent automnaux et mélancoliques, sont filmés avec amour comme pour les protéger de l'oubli, des ravages du temps. Cinéma de la mémoire où le passé revient sans cesse, comme des vagues inlassables, confrontant et jugeant le présent. La dernière scène de Splendor in the Grass est dans cette optique, la plus belle qui soit filmée... On y brasse, en quelques minutes, plusieurs destins, des rêves, des souvenirs : les blessures, les erreurs, les espoirs et les défaillances qui viennent s'écorcher contre la réalité présente. Le sacrifice, le regret se mêlent intimement à la maladresse, à la résignation, à la beauté d'un poème dont on se souvient encore..."
Une autre voix, celle de Jacques Rivette (Cahiers du Cinéma, juin 1962) :
Splendor in the Grass s'attache à décrire ce travail même du temps, cette obscure dégradation et métamorphose qui fait deux étrangers d'un couple d'amoureux, d'une puissant un homme traqué, d'un pays stable un peuple à la dérive, d'une morale établie une morale caduque. L'écroulement, ou la transformation des valeurs, de toutes les valeurs, tel est l'axe d'un film dont les voix diverses s'unissent sous le commun dénominateur de l'idée de crise."
(Michèle Pujos)
03 juillet 2009
Programme Eté 2009
Vous pouvez télécharger le programme estival des Montreurs en cliquant sur la miniature ci-dessous :
27 mai 2009
Programme Juin 2009
Vous pouvez télécharger le programme de juin 2009 en cliquant sur la miniature almodovarienne ci-dessous :
L'avis des Montreurs
L'année dernière à Marienbad d'Alain Resnais (France / 1961)
En 1961, on ne faisait pas la différence entre le cinéma grand public qui projetait Mon curé champion du régiment du cinéaste bordelais Emile Couzinet et l'Art-et-Essai. On allait au Gallia, au Florida voir aussi L'Année dernière à Marienbad. Quand on était collégien, lycéen, on ne sélectionnait pas les films pour jeunes ou vieux... Encore que, précisément, L'Année dernière à Marienbad apparaissait d'une furieuse modernité. Un noir et blanc glacé, pas d'histoire, un texte énigmatique, des personnages figés dans une sorte d'amnésie collective... On restait fascinés, on sortait dubitatifs ou enflammés, mais on se souvient encore des images... C'est resté un film culte.
Alain Resnais était connu pour Nuit et Brouillard et son premier long métrage Hiroshima mon Amour. Il reçut le Lion d'Or de la Mostra de Venise. Il a présenté Les Herbes Folles au Festival de Cannes 2009.
(Michel Pujos)
Trouble in Paradise / Haute Pègre d'Ernst Lubitsch (Etats-Unis / 1932)
Le sommet de ce qu'on a appelé la "Lubitsch Touch", sommet de la comédie sophistiquée dans laquelle désir de richesse et désir sexuel sont dans tous les esprits mais n'apparaissent à l'écran que de manière allusive et ironique.
"Du seul point de vue du style, je pense n'avoir rien fait de meilleur, ou d'aussi bon, que Haute Pègre" écrit Ernst Lubitsch dans une lettre adressée au critique Herman C. Weinberg.
Comment ridiculiser le "Code Hays", établi en 1930 par lé sénateur William Hays, dont la femme déclarera après leur divorce qu'il avait toujours cru que le nombril était le sexe féminin (cf. le Nombril Bar dans Kiss me Stupid de Billy Wilder) ? Une femme allongée sur son lit, un homme se présente à la porte de la chambre, son ombre projetée par la lumière de la pièce d'à côté la recouvre. C'est tout simple. Un bijou amoral. Un régal.
(Michel Pujos)
Les Animations des Montreurs
Vendredi 12 juin, 20h30 - C'est dur d'être aimé par des cons
A l'issue du documentaire C'est dur d'être aimé par des cons, réalisé par Daniel Leconte, qui suit le procès intenté à Philippe Val, patron de Charlie Hebdo, pour avoir reproduit les douze caricatures danoises ayant déclenché la colère des musulmans aux quatre coins du monde, une conférence sera animée par Urbs, dessinateur caricaturiste habitué des Montreurs (il suit le festival Mars Attac depuis plusieurs années, ses dessins peuvent être consultés dans les divers albums photos du site).
Intitulée Tu la sens ma liberté d'expression ?, cette conférence reviendra sur quarante histoires de censures, petit tour non exhaustif de cas malheureusement authentiques issus des mondes de la presse, de l'édition, du cinéma...
Vendredi 19 juin, 20h30 - Soirée Spéciale "Amis des Montreurs d'Images"
Projection / Débat autour du film No Popcorn on the Floor, en partenariat avec l'Association des Amis des Montreurs d'Images et en présence de Ramuntxo Garbisu (ancien directeur du cinéma indépendant l'Atalante à Bayonne et protagoniste du film - sous réserve).
La soirée sera notamment consacrée à la situation des cinémas indépendants en France, un pot sera offert à l'issue des débats. Le documentaire No Popcorn on the Floor, réalisé par Gaël Mocaër, nous plonge pendant un an dans les coulisses du seul cinéma indépendant de Bayonne, l'Atalante. Chronique drôlatique de la vie de cette salle pas ordinaire, qui tente de résister encore et toujours à l'envahisseur...
01 mai 2009
Programme Mai 2009
Vous pouvez consulter le programme de Mai 2009 en cliquant sur la miniature ci-dessous :
A signaler, au sein de cette programmation, la présence d'une "mini rétrospective" consacrée à Hayao Miyazaki à l'occasion de la sortie de son nouveau film Ponyo sur la falaise : les films Kiki la petite sorcière (dont le présentoir vous "observe" depuis quelques années dans le hall des Montreurs) et Le Château Ambulant seront présentés dans la première quinzaine de mai dans la "case" Jeune Public et nous vous recommandons vivement de (re)découvrir ces petites perles du cinéma d'animation !
L'avis des Montreurs
S21 la Machine de Mort Khmère Rouge de Rithy Panh (France / 2004)
Il y a deux films majeurs dans l'histoire du cinéma traitant de camps d'extermination : Nuit et Brouillard d'Alain Resnais et S21, la Machine de Mort Khmère Rouge. Aucun des deux ne montre des images filmées de l'horreur, tous deux filment les lieux des atrocités plusieurs années plus tard, lieux poignants et vides.
L'originalité du film de Rithy Panh est la rencontre, la confrontation entre les anciens bourreaux, toujours impunis au moment du tournage, et les quelques rescapés. Dans Oncle Rithy, le film de Jean-Marie Barbe [présenté aux Montreurs], Rithy Panh explique pourquoi il fallait que la caméra reste hors de la salle vide dans laquelle un ancien bourreau mime les gestes quotidiens de l'horreur. On ne peut contempler ces souvenirs qu'à travers une barrière qui rappelle que ce qui est évoqué est du domaine de l'indicible.
Un chef d'oeuvre !
(Michel Pujos)
Z32 d'Avi Mograbi (Israël)
Le film, entre documentaire et installation, traite à peu près le même sujet que Valse avec Bachir, se concentrant davantage sur le thème de la culpabilité et de la quête du pardon. Le réalisateur, en partant d'une histoire singulière, en actualisant les procédés du théâtre grec, donne au sujet une portée universelle, recoupant toute une série de thèmes : les rapports de soi aux autres, les différences homme-femme, le problème moral du réalisateur lorsqu'il utilise la souffrance pour faire son oeuvre...
Un film très fort. N'hésitez pas à lire, avant la projection, l'interview d'Avi Mograbi qui se trouve sur la fiche-film : sa lecture préalable ne déflore pas le film, à mon avis.
(Michèle Pujos)
24 City de Jia Zhang Ke (Chine)
J'ai vu 24 City en octobre dernier dans un festival, à Auch dans le Gers. Un matin si je me souviens bien. J'ai horreur des projections le matin. Ce n'est pas naturel d'aller au cinéma le matin. Entrer dans une salle de cinéma quand il fait jour, passe encore. Mais un jour déclinant, apaisé, en pente douce, un jour qui contiendrait les promesses de la nuit.
J'étais donc de mauvaise humeur et déterminé à m'endormir si la projection tournait mal. Mais celle-ci, celle de 24 City le samedi 18 octobre à Auch, le matin, était un rêve. Un rêve d'élégance. Elegance des personnages, des paysages industriels autour, des cadrages, des mouvements de caméra, élégance de la pureté des lignes, des éclairages, des gouttes d'eau qui glissent sur une vitre. Elégance des témoignages, sobres et sincères. Elégance d'un procédé aussi, que l'on comprend peu à peu, tout doucement, en gardant profond dans la gorge un point d'incertitude (chez moi, l'incertitude se trouve au fond de la gorge, en remontant un peu). Parce qu'on comprend bien au bout d'un moment que tout est trop parfait pour être pris sur le vif, que cette ouvrière qui parle d'une actrice chinoise de cinéma, c'est bien d'elle-même qu'elle se souvient. D'elle dans la Chine maoiste, mais d'elle-même. La Chine a changé plus vite qu'elle, qui est restée très belle.
Ces personnages, réels ou rêvés, racontent leur vie à Chengdu, de leur vie à l'usine 420 de Chengdu, usine qui disparaît sous nos yeux, le temps du film. Pendant que des Chinois de l'usine 420 de Chengdu nous racontent leur ancienne vie dans la Chine maoiste. Ce film est délicat, subtil et raffiné. C'est un rêve de documentaire.
(Philippe Stellati)
Les Animations des Montreurs
8 mai, 18h15 - Une histoire du tango
En partenariat avec l'association agenaise de tango Tangueando, une démonstration de tango précédera la projection du documentaire de Caroline Neal qui permet de découvrir les artistes prédominants du tango que sont Di Sarli, Troilo, Pugliese, D'Arienzo, Gobbi, Salgan et Piazzolla tout en levant partiellement le voile sur leurs secrets d'interprétation.
9 mai - Cambodge, 30 ans après : le Procès des Khmers Rouges
Les deux projections de 18h15 et 21h du samedi 9 mai seront consacrées au Procès des Khmers Rouges qui se tient actuellement au Cambodge, à Phnom Penh, en partenariat avec Ecrans 47, tout d'abord par la projection du documentaire Cambodge 80, qui sera suivi par un débat avec son réalisateur, Lucas Vernier.
A 21h, nous vous présenterons le documentaire de Rithy Panh S21, la Machine de Mort Khmère Rouge, qu'il a réalisé en 2002. Ce documentaire revient sur la politique d'élimination systématique orchestrée par les Khmers Rouges entre 1975 et 1979, et plus particulièrement sur le S21, principal "bureau de la sécurité" du régime, où 17 000 prisonniers ont été torturés et exécutés. "Ma manière d'assumer ma part de travail de mémoire, c'est de parler et donner la parole aux témoins du génocide, victimes et bourreaux. Je veux croire que chaque témoignage est une petite pierre qui contribue à édifier un rempart contre la menace toujours possible, ici et ailleurs, du retour de la barbarie", explique Rithy Panh pour éclairer sa démarche dans ce film. Cette séance de 21h sera suivie d'un débat avec Raoul Marc Jennar, consultant auprès de l'ONU pour les chambres extraordinaires dans les tribunaux cambodgiens, notamment pour le procès de Douk.
En janvier, les salles d'Ecrans 47 ont présenté en sortie nationale le dernier film de Rithy Panh, Un Barrage contre le Pacifique, en partenariat avec l’Association Marguerite Duras. Plus de neuf cents Lot et Garonnais ont pu ainsi voir l’adaptation du roman de Marguerite Duras. S21 constitue un autre aspect de l’oeuvre du plus grand cinéaste cambodgien. Ce documentaire, outre les Montreurs, sera projeté dans cinq salles du département. Dans le document ci-dessous édité spécialement par Ecrans 47, vous trouverez les horaires des différentes projections organisées, les intervenants concernés par chacune de ces projections, une présentation de Rithy Panh et de son film ainsi qu'une chronologie du Cambodge :
15 mai, 21h - Journée Aquitaine Nature
Le vendredi 15 mai à 21h, les Montreurs s'associent à la Journée Aquitaine Nature - Cinénature en partenariat avec l'Association des Cinémas de Proximité en Aquitaine et Expansial, en programmant le documentaire L'Aquitaine quelques degrés plus tard de Morad Ayt Habouche et Hervé Corbière.
L’Aquitaine est en danger. Dans un peu moins d’un siècle, les températures y auront augmenté de 4 à 6 degrés. Plus que n’importe où en France… Ce phénomène, lourd de conséquences pour l’environnement et l’économie du Sud-Ouest, est déjà en marche. La canicule de 2003 deviendra-t-elle bientôt ici la norme ? Si rien n’est fait, sécheresses et incendies se multiplieront, tempêtes et inondations s’intensifieront.
Morad Aït-Habbouche et Hervé Corbière ont enquêté en Aquitaine afin d’évaluer l’ampleur du problème. Pour cet état des lieux, ils se sont rendus dans le bassin d’Arcachon, dans le vignoble bordelais, au coeur du Pays Basque et dans les Pyrénées. Ils y ont rencontré des personnes qui connaissent bien leur pays ainsi que des spécialistes de l’environnement. Tous ont expliqué les dérèglements qu’ils ont déjà pu constater.
Afin de se pencher sur ces signes alarmants, la séance sera suivie d'un débat avec Jean-Louis Bergey (Délégué régional de l'ADEME), Christelle Pezet (Chargée d'étude à la Frayère d'Alose) & Jean-Louis Molinié (Directeur d'étude à la Frayère d'Alose).
19 mai, 20h30 - Ne me libérez pas, je m'en charge
Ancien braqueur fiché au grand banditisme, Michel Vaujour a toujours préféré la fuite à la prison, l'aventure à la soumission, la liberté à la loi. En l'espace de 30 ans, il aura passé 27 ans en prison - dont 17 en cellule d'isolement - et sera parvenu à s'en échapper à cinq reprises avant d'obtenir une libération conditionnelle en 2003. Si cette vie trépidante l'a souvent exposé au pire, elle l'a aussi confronté à un incroyable face-à-face avec lui-même. Avec le temps, cette fuite en avant est devenue une ascension intérieure, une esquisse de philosophie où il lui a fallu vaincre une certaine idée de soi, de la vie et des autres. C'est à ce voyage initiatique que nous convie ce film.
Selon la réalisatrice Fabienne Godet, le thème de la liberation est au coeur du parcours de Michel Vaujour : "Cela commence très tôt : quelle liberté s'octroyer, quand on est issu d'une famille populaire et qu'on refuse de prendre le chemin de soumission qu'a suivi son père ? Puis, pendant les longues années d'incarcération en Quartier de Haute Sécurité (QHS) : comment se libérer mentalement pour résister à l'enfermement physique ? Surtout, au moment où il se rend compte que les choix qu'il a faits l'ont conduit à s'enfermer lui-même : comment se libérer de soi et des valeurs de son " milieu " ? Comment, en d'autres termes, se " déconditionner " pour reprendre la " vie normale d'un être humain ", comme il dit. La grande question de Michel Vaujour, qui me concerne et qui concerne tout le monde, je crois, est donc : comment se libérer ? Mon film décrit un parcours initiatique ; la libération est son fil rouge, et ordonne tous les choix formels que j'ai faits." Elle note par ailleurs : "ce film m'a renvoyé à une multitude de questions qui pourraient se résumer autour de deux interrogations : qu'ai-je fait de ma vie et de ma liberté pendant ces 27 années où Michel a été emprisonné ? Ai-je été à la hauteur de la vie qui m'a été donnée ?"
En partenariat avec l'Association des Cinémas de Recherche et d'Essai en Aquitaine et Midi-Pyrénées (ACREAMP) et l'Association Française du Cinéma d'Art et Essai (AFCAE), la séance du 19 mai à 20h30 sera suivie d'un débat en compagnie de la réalisatrice Fabienne Godet et de Michel Vaujour.
26 mai, 20h30 - Soirée "La Solidarité est-elle un délit ?"
En partenariat avec le Réseau d'Education Sans Frontière (RESF), la projection du film Welcome de Philippe Lioret se prolongera par un débat avec Jean-Claude Pitiot (du MRAP) ainsi que des membres de la Ligue des Droits de l'Homme et de la CIMADE (Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués)
Vous pouvez consulter le dossier de presse du film (comportant des interviews) en cliquant sur le lien ci-dessous :
28 mai, 20h30 - Soirée autour de "Chrigu"
Christian Ziörjen est un jeune homme de 20 ans comme les autres. Bien entouré par ses amis et ses parents, il étudie, il sort, il voyage et a plein de projets pour son avenir. Son insouciance prend fin, du jour au lendemain, lorsqu'il apprend à l'aube de ses 24 ans qu'il est atteint d'un cancer incurable. Condamné, Christian mûrit prématurément. Il ne s'apitoiera jamais sur son sort, trouvera son énergie dans sa réflexion et découvrira une vie qu'il ne soupçonnait pas jusqu'alors.
C'est en ces termes queJan Gassmann, co-réalisateur de ce documentaire, a souhaité rendre hommage à travers Chrigu : chronique d'une vie éclairée à son complice Christian Ziörjen aujourd'hui décédé : "Quatre mois. Beaucoup de mots. Sa vie que nous reprenons depuis le début. Beaucoup ri, peu pleuré - pas assez peut-être - et bientôt, il était mort. Et maintenant, nous faisons un film. Son film. Un puzzle de moments et d'ambiances différentes qui parlent de relations et de façons de concevoir la vie. Un film pour tous ceux qui vivent sans compromis. Les adieux d'un narcisse qui ne voulait pas qu'on oublie son visage."
La soirée du 28 mai est organisée en partenariat avec la Fédération Nationale des Infirmiers et le Réseau Palissy de soins continus et d'accompagnement (Réseau de soins palliatifs départemental). La séance sera suivie d'un débat en présence d'Anne Roche-Dubernet, présidente départementale de la FNI, et de membres du Réseau Palissy.
26 mars 2009
Programme Avril 2009
Vous pouvez télécharger le programme du mois d'avril 09 en cliquant sur la miniature ci-dessous :
Veuillez nous excuser pour les quelques imperfections de ce programme, dues à l'absence de son concepteur habituel. Les dates de sortie des différents films seront réintégrées dans le prochain programme également, à la demande logique et justifiée des adhérents qui ont remarqué que cela est parfaitement utile pour rechercher les critiques de cinéma dans "son magazine préféré".
A graver sur vos tablettes et vos calendriers : l'Assemblée Générale des Montreurs, qui se tiendra cette année le lundi 6 avril à 20h30, moment phare de notre association pour rencontrer nos adhérents et débattre avec eux de la vie de notre cinéma et, comme depuis quelques années déjà, de la place du cinéma d'Art-et-Essai dans la ville d'Agen !
L'avis des Montreurs
Opera Jawa de Garin Nugroho (Indonésie)
C'est un film somptueux, un film-ballet qui s'inspire d'un texte fondateur de la culture de l'Inde écrit en sanskrit, le "Ramayana", équivalent de 'L'Iliade" et 'L'Odyssée" pour les Grecs et les Latins de notre Antiquité, mais le texte reste très populaire encore aujourd'hui. Hanuman, à la tête de singe, ou Ganesh, à la tête d'éléphant, sont pour les petits Indiens aussi présents que Mickey. Ci-dessous, un résumé de ce livre fondateur :
Le réalisateur a voulu, à partir de ce fond culturel partagé par toute la sphère de la culture indienne, le transposer dans le monde d'aujourd'hui en utilisant le gamelan, musique traditionnelle d'Indonésie. Imaginez Andromaque ou L'Iliade (cf. le film Troie) dansés et chantés sur la plus pure musique baroque...
C'est beau, c'est dépaysant, cela vaut beaucoup mieux que la mondialisation financière...
(Michèle Pujos)
Gran Torino de Clint Eastwood (Etats-Unis)
Ceux qui me connaissent pourraient penser que je perds tout sens critique lorsqu'est venu le temps d'évoquer un film de Clint, à cause de "cette grande histoire d'amour qui dure depuis 25 ans" (mazette !!) Certes, il n'y a plus que lui, "Marlon" ayant disparu, qui suscite ce frisson particulier en moi lorsque son image apparaît pour la première fois à l'écran dans un nouveau film (et quelle image ici, emplie à la fois de dignité, de chagrin et de colère rentrée et contenue), mais je pense quand même conserver un semblant de lucidité pour donner un point de vue critique qui se tienne.
Si je compare "Gran Torino" à "Changelin' / L'Echange ", force est de reconnaître que les deux films ne boxent pas dans la même categorie... et qu'ils sont tout bonnement incomparables. On ne peut guère s'extasier sur la mise en scène (même si elle est léchée et "classique" au sens le plus noble du terme), l'intérêt est ailleurs, dans l'interprétation et/ou le sujet du film : Clint lui-même, tout simplement, puisque le sujet est l'image qu'il véhicule à l'écran depuis des décennies. Les références à ses personnages pleuvent à chaque coin de l'écran et évoquent en premier lieu le Tom Highway issu de "Heartbreak Ridge / Le Maître de Guerre" qui aurait vieilli en conservant son masque de misanthrope et sa xénophobie de façade, mais aussi, de maniere plus profonde sans doute, le William Munny de "Unforgiven / Impitoyable" (jusque dans la défiguration de la jeune Hmong, écho au point de départ de son film de 1992), en passant par Josey Wales (dans sa façon de se recomposer une famille de coeur plutôt que de sang), Red Stovall (de "Honkytonk Man") lorsqu'il se met à cracher lui aussi du sang, ou Dirty Harry par sa réserve inépuisable et hilarante de jurons (un régal que d'apprendre l'argot americain ainsi !) Trois ou quatre décennies de films et de rôles sont ainsi réveillées par ce Walt Kowalski, trois ou quatre décennies des interprétations de Clint qui ont baigné notre enfance et accompagné notre adolescence et notre passage à l'âge adulte... On sent Clint éprouver de la nostalgie envers certaines de ces figures, se montrer parfois plus critique ou plus ironique envers lui-même. On dit souvent que les films sont des documentaires sur les acteurs, celui-ci répond indubitablement à cette définition. Clint aurait indiqué que "Gran Torino" sera son dernier rôle en face de la caméra, j'espère qu'il reviendra sur sa décision en réalisant le projet "Dark Knight" d'un Batman vieillissant sur lequel il avait travaillé il y a quelques années et qui me fait rêver depuis que j'en ai entendu parler.
"Gran Torino" est un grand film de divertissement, extrêmement drole, bourré de dialogues savoureux et de répliques à se passer en boucle, même si le scénario peut manquer de finesse ou de subtilité par moments, mais peu importe. La légèreté disparaît cependant dans les dernières séquences qui m'ont glacé le sang, très surprenantes et inattendues, et qui ne peuvent justement qu'interroger le spectateur sur son rapport avec Clint au cinéma. Allez, une déclaration lyrique pour finir ?... Je t'aime, Clint, continue de m'enchanter, de me faire sourire, de me faire décoller de la réalité et plonger dans tes mondes... Vive Clint !
(Roland Kermarec, qui va irrémédiablement passer pour un Clintmaniaque aux futurs CA des Montreurs !)
Les Animations des Montreurs
1er et 6 avril - Vignemale 2 : l'Epopée Russell
Les Montreurs vous proposent deux soirées en présence du réalisateur René Dreuil et de membres de l'équipe du film (sous réserves), le mercredi 1er avril à 21h et le lundi 6 avril à 18h15. A travers ce long métrage, René Dreuil célèbre le centenaire de la disparition du Comte Henry Russell (1834-1909), figure la plus emblématique du pyrénéisme. Grand voyageur (inspirateur de Jules Verne), grand explorateur des Pyrénées, il s’était pris de passion pour le Vignemale. Ce sommet des Hautes-Pyrénées (3298m, massif frontalier entre Gavarnie et Cauterets) est également exceptionnel.
Vous pouvez trouver des détails et de nombreuses photos sur la production atypique de ce film dans les documents suivants :
Semaine Allemande / Avant Première
Après la semaine latino du mois dernier, les Montreurs d'Images vous proposent, comme tous les ans également, une semaine du cinéma allemand du 2 au 7 avril, en partenariat avec le comité de jumelage Agen / Dinslaken. Occasion de redécouvrir Allemagne, mère blafarde, sorti en 1981 et repris en copie neuve en décembre dernier, le grand succès Outre-Rhin de La Vague, inspiré d'une histoire authentique qui s'est déroulée sur un campus américain, ou l'avant-première du film Jerichow le vendredi 3 avril à 21h.
Quinzaine de la Découverte
Les Montreurs d'Images sont un des très rares cinémas d'Aquitaine à posséder les trois labels Art & Essai, récompensant les efforts faits dans ces domaines particuliers : Jeune Public / Patrimoine et Répertoire / Recherche et Découverte (sur l'ensemble du territoire, seuls 59 cinémas bénéficient actuellement des trois labels).
Le label "Recherche et Découverte" concerne des oeuvres peu diffusées dans les circuits traditionnels, qui nécessitent souvent un accompagnement. Il s'agit de films singuliers, dont on considère qu'ils "innovent" d'une manière ou d'une autre (dans leur scénario, dans leur mise en scène, dans leur montage, etc.) ou qu'ils sont émergents dans une cinématographie peu développée. Ce sont parfois des oeuvres au carrefour du cinéma, de la vidéo numérique et des arts plastiques.
Cette tentative de définition (qui peut être prolongée sur le site du GNCR - Groupement National des Cinémas de Recherche) est fluctuante et parfois floue à nos propres yeux, certains films semblant parfaitement répondre à ces critères sans se voir attribuer le label tandis que d'autres créent parfois une certaine surprise. Quoi qu'il en soit, résumer ces oeuvres avec l'adjectif "films difficiles" serait excessif (citons pour exemple The Host, classé recherche l'an dernier).
Afin de soutenir ces films Recherche et Découverte, de leur offrir une "caisse de résonance" plus importante que d'ordinaire, les Montreurs ont donc décidé de mettre en place une "Quinzaine de la Découverte" du 8 au 21 avril, avec un tarif spécial adhérents de 4 € par film, en vous proposant sept films qui ont emporté notre adhésion parmi la liste des films soutenus par le GNCR (et dont vous pouvez voir ci-dessus les affiches).
Ciné Mémoire - 26 et 27 avril
Abordons un autre aspect du cinéma d'Art & Essai et un petit rappel historique. La création du label "Art & Essai" existe depuis avril 2002, grâce à un décret pris par le Ministère de la Culture. Selon les règles fixées à l'époque et toujours en vigueur actuellement, les cinémas d'Art & Essai sont des salles de spectacles cinématographiques dont les programmes sont composés d'œuvres présentant l'une au moins des caractéristiques suivantes :
œuvres ayant un caractère de recherche ou de nouveautés dans le domaine de la création cinématographique.
œuvres présentant d'incontestables qualités, mais n'ayant pas obtenu l'audience qu'elles méritaient.
œuvres cinématographiques reflétant la vie de pays dont la production cinématographique est assez peu diffusée en France.
œuvres de courte durée tendant à renouveler par leur qualité et leur choix le spectacle cinématographique.
œuvres de reprise présentant un intérêt artistique ou historique, et notamment œuvres considérées comme des classiques.
Ce sont ces dernières qui permettent d'octroyer le label Patrimoine et Répertoire. Vous avez probablement remarqué que les Montreurs s'efforcent de proposer chaque mois, dans la programmation classique ou durant des festivals qui s'y prêtent particulièrement, des films dits "classiques". Il est à noter que, comme pour le classement Recherche et Découverte, ce classement Patrimoine et Répertoire cause parfois quelques surprises quant à sa définition, puisque certains films anciens n'en bénéficient pas tandis que d'autres relativement récents se le voient attribué. Sans compter la myriade de films qui sortent souvent définitivement des circuits commerciaux au bout de dix ans d'exploitation, si un distributeur (souvent spécialisé dans ce créneau) ne vient pas le sortir de ce purgatoire (ce qui nous a souvent empêchés de mettre en place des rétrospectives consacrées à un cinéaste puisque, aussi surprenant que cela puisse paraître, les films de réalisateurs aussi célèbres que Stanley Kubrick ne sont pour la plupart pas détenus par un distributeur et par conséquent invisibles en salles...)
C'est dans ce contexte que nous avons adhéré à l'opération Ciné Mémoire, qui permet de proposer des films anciens en copies neuves. Ainsi, le 26 et 27 avril prochains sera programmé Elle et Lui de Léo McCarey, interprété par Cary Grant et Deborah Kerr. Ce film présente la particularité, outre le fait de constituer une excellente comédie, d'être un des rares remakes de l'histoire du cinéma à avoir été mis en scène par le même réalisateur. En effet, Léo McCarey en avait réalisé une première version en 1938, interprétée par Charles Boyer et Irène Dunne, avant de retourner cette version en 1958. Les deux versions s'intitulent Elle et Lui en français mais portaient deux titres originaux différents : Love Affair (1938) et An Affair to Remember (1957) [A noter que notre programme s'est justement emmêlé les pinceaux entre les deux versions : c'est donc la version de 1957 à laquelle vous pourrez assister, et non celle de... 1933 comme indiqué par erreur.]
22 mars 2009
Programme Mars Attac 09
Téléchargez le programme complet des films et animations du 4e Festival du Film Social Européen de Mars Attac en cliquant sur son affiche ci-dessous:
L'édition 2009 du Festival Mars Attac aura lieu du 27 au 29 mars. Parmi les films et documentaires qui composent cette édition figurent notamment Nos enfants nous accuseront, que nombre d'adhérents nous ont réclamé depuis sa sortie, tout comme le documentaire Herbe (vous trouverez des informations complémentaires sur ce film sur son site : Herbe, ainsi qu'en écoutant sur le net la bonne émission CO2 mon amour diffusée sur France Inter le samedi et consacrée le 27 février en grande partie à ce documentaire). Parallèlement au Festival sera programmé un long métrage qui aurait parfaitement pu intégrer sa programmation : Louise Michel de Kervern et Delépine, interprété par Yoland Moreau.
En prolongement du festival Mars Attac et pour approfondir les causes de la "Crise", les solutions pour en sortir, Débatsanstabou et ATTAC Agen vous invitent le vendredi 3 avril à 20h30 à l'amphithéâtre de la chambre des métiers (AGEN) à la Conférence-Débat avec François Morin, professeur émérite en Sciences Economiques à Toulouse 1. François Morin, parallèlement à son activité universitaire, a occupé des fonctions dans plusieurs organismes officiels :
- membre du conseil de la Banque de France entre 1985 et 1993:
- membre du Conseil d'Analyse Economique (CAE) auprès du premier ministre entre 1997 et 2000 ;
- membre du collège de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) entre 2000 et 2004.
Dans le Laboratoire qu'il a fondé en 1976 à Toulouse (le LEREPS), il poursuit ses travaux sur la finance globalisée et le capitalisme financier. Il a ouvert un site internet sur la crise financière le 13 janvier 2009 : www.financeglobale.fr
Ci-dessous, le flyer correspondant à cette soirée :














































































