En cette période électorale, sachant les difficultés que rencontre notre salle des Montreurs d'Images et les interrogations multiples quant à notre avenir, il nous a semblé intéressant et important de demander à chacun des candidats en lice de nous présenter leur "Projet Cinéma" pour Agen en y précisant leur "vision des Montreurs". La presse a pu abondamment commenter et confronter ces projets, mais rassembler dans un même "dossier" des documents de "première main" me paraît essentiel pour nourrir et enrichir le débat actuel. Plus que jamais, nous souhaiterions vous convier à nous donner votre avis en déposant des commentaires à l'issue de cet article (cliquez sur "Commentaire" au bas de l'article, complétez les informations demandées - n'oubliez pas l'adresse mail, qui n'apparaît toutefois pas dans le commentaire lui-même mais se révèle indispensable pour envoyer un avis, puis validez). Merci de participer à cette "consultation".

Vous trouverez ci-dessous "l'argumentaire flash" que nous a transmis M. Jean Dionis du Séjour :

Agen_Meme___Un_multiplexe_en_centre_ville

M. Dionis a souhaité compléter cet argumentaire en y joignant une lettre qu'il nous avait précédemment adressée :

Monsieur le Président,

Nous avons bien reçu votre lettre en date du 7 février et nous vous en remercions. Dans celle-ci, vous nous demandez de préciser quelle serait notre position par rapport à votre association dans le prolongement de notre entretien du 24 Janvier. C’est avec plaisir que nous vous apportons les éclaircissements demandés.

Comme vous avez bien voulu le noter, notre projet municipal prévoit dans son engagement n°88  «de mener une action énergique pour préserver et développer l’offre Art et Essai, à partir de l’expérience réussie des Montreurs d’Images ». Il va de soi, pour notre équipe, que cette offre d’art et d’essai doit être développée de manière indépendante du projet de Cap Ciné et que vous en êtes  les porteurs naturels à Agen, compte-tenu de votre antériorité et de la qualité de votre action en matière de diffusion comme d’éducation à l’image.

Comme vous le savez, nous avons fait le choix politique d’accueillir le multiplex en centre ville. La conduite de ce projet prendra entre 3 et 4 ans et nous tenons à préciser nos engagements vis-à-vis de votre association à la fois dans cette période de transition ainsi qu’en régime permanent, lorsque le multiplex sera construit. Pendant la période de transition, nous nous engageons à la fois au maintien de la subvention à votre association au moins au niveau actuel ainsi qu’à l’amélioration des conditions d’accueil des spectateurs  dans l’actuelle salle Ledru Rolin au plus près possible des normes exigées (fauteuils, réfection des peintures et éventuellement climatisation sous réserve d’une faisabilité raisonnable au niveau technico-économique).

En ce qui concerne l’avenir des Montreurs d’Images lorsque Cap Ciné aura libéré l’immeuble du Carnot, l’engagement de notre équipe est de s’en porter acquéreur au moins en partie afin de créer deux salles de cinéma destinées à l’activité cinématographique des Montreurs d’Images. Cette orientation municipale en ce qui concerne l’acquisition des bâtiments garantira votre indépendance par rapport à M. Dejust et à son entreprise. Elle vous permettra ainsi le développement de votre activité cinématographique, éducative et culturelle de manière autonome et pérenne.

Espérant vous avoir ainsi apporté les précisions que vous demandiez dans votre courrier, nous vous prions, Monsieur le Président d’agréer l’expression de toute notre considération.

Pour la liste Agen-même

Nadège Lauzzana               Jean Dionis du Séjour

La_grande_roue_de_la_politique

Sur le même sujet, voici la position de M. Alain Veyret, Maire d'Agen :

Depuis 2001, la ville d’Agen a toujours soutenu le projet de développement cinématographique art et essai porté par l’association Les Montreurs d’Images. Ce projet s’inscrit en complémentarité de l’offre culturelle municipale et nous avons encouragé les nombreuses animations cinématographiques menées en lien avec les autres acteurs culturels de la ville.

Dans un premier temps, nous avons eu le souci d’obtenir du CNC (Centre National du Cinéma) la prolongation de son accord sur l’homologation de la salle Luigi Comencini et dans un deuxième temps sur le plan financier, la ville a toujours su répondre aux difficultés financières, passagères ou structurelles, de l’association. La convention triennale qui a été présentée à l’approbation du conseil municipal le 14 décembre dernier est l’aboutissement de ce travail qui garantit aujourd’hui une pérennité de financement aux Montreurs d’Images dans l’attente de l’ouverture du futur multiplexe et de l’aménagement de deux salles art et essai. La subvention de fonctionnement est passée de 6 098 € en 2001 à 20 000 € à partir de 2008 en intégrant les deux festivals annuels (mars et novembre).

Dès la vente du CGR Carnot à la société Cap’Ciné dirigée par M. Dejust, la ville d’Agen a souhaité que le nouveau multiplexe prenne en compte dans sa politique cinématographique la présence des Montreurs d’Images en tant qu’opérateur culturel art et essai de qualité et reconnu par un nombreux public. Si la ville s’est attachée à trouver un terrain adapté au futur multiplexe sur son territoire et le plus près possible de son cœur d’animation commercial, elle a imposé à M. Dejust la nécessité de conserver deux salles de cinéma art et essai à l’immeuble Carnot dont il était devenu propriétaire.

Aujourd’hui, l’ensemble de ce dossier est bouclé : la CDEC doit rendre son avis, que nous souhaitons favorable, au plus tard le 7 mai 2008. En parallèle, la ville a fait réaliser par le CNC une étude de faisabilité sur les deux futures salles du Carnot afin d’en connaître le coût d’aménagement et surtout faire valider l’attractivité de ce nouveau projet pour les Montreurs d’Images sur le plan de son insertion dans le paysage urbain et commercial.

Sous réserve de l’avis favorable de la CDEC, il est donc possible de prévoir l’ouverture du futur multiplexe route de Cahors vers fin 2009 et l’ouverture des deux nouvelles salles art et essai au Carnot fin 2010 dont l’échéance coïncide avec  celle de la convention triennale. La ville a également fait réaliser, en collaboration avec les Montreurs d’Images, un compte d’exploitation prévisionnel sur les trois premières années d’exploitation des deux futures salles pour lesquelles la ville a pu préciser vis-à-vis des Montreurs d’Images ses futurs engagements financiers.

Enfin, la ville a prévu d’inscrire dans son PPI à partir de 2008 les crédits nécessaires pour financer les VRD autour du multiplexe et le coût d’aménagement des deux futures salles de cinéma art et essai pour lesquelles nous pourrons obtenir une aide financière du CNC. On peut donc raisonnablement imaginer qu’à partir de 2011 Les Montreurs d’Images auront la garantie de pouvoir continuer à développer leur projet, non plus dans une, mais deux nouvelles salles de 186 et 125 places adaptées aux normes actuelles et pouvant répondre au marché potentiel art et essai estimé à environ 40 000 spectateurs sur le bassin du pays de l’agenais.

D’ici là, nous savons que nous pourrons compter sur les capacités des Montreurs d’Images à continuer de nourrir notre vie culturelle qui dépend étroitement du dynamisme du tissu associatif avec lequel la ville noue de nombreuses relations.

Alain Veyret


Pour terminer, l'argumentaire que nous a communiqué M. Jules Bambaggi :

Depuis de nombreuses années, les Montreurs d'Images ont donné la possibilité aux habitants de l'agglomération agenaise de voir des films peu ou pas diffusés au Carnot, tout en veillant à contenir les prix d'entrée. La complémentarité de la programmation de la salle de Recherche, Arts et Essais par rapport à celle du Carnot est une évidence et nos élus apporteraient tout leur soutien à une équipe qui s'est toujours inscrite dans un projet militant ­‑ outre la programmation cinématrographique de grande qualité, nous tenons à saluer la participation active de votre association à des projets comme « Lycéens et cinéma ».

Toute activité culturelle pose des problèmes de financement : pour ceux qui mettent en oeuvre les projets ‑­  et vous pouvez être assurés que nous veillerions à ce que les montants qui vous sont alloués soient revus à la hausse en fonction du développement de nouveaux projets ­‑ mais aussi pour le public destinataire.

De ce point de vue, l'actuelle flambée des prix des produits de première nécessité jointe à la stagnation des salaires rendent encore plus difficile matériellement l'accès du plus grand nombre aux activités culturelles. C'est la raison pour laquelle notre liste, La Voix des classes populaires, considère que le combat pour l'accès à la culture pour tous est indissociable de celui que nous mettons en avant sur les salaires et l'emploi. Ce qui n'empêche que nous militons aussi pour une politique d’accessibilité  à la culture pour tous, comme, par exemple, la création d’une carte « Pass Agen culture/sport/loisir pour tous » qui permettrait de moduler les prix en fonction des revenus, cela pouvant aller jusqu'à la gratuité dans le cas de situations financières difficiles.

Mais l'accès à la culture n'est pas qu'un problème de « prix d'entrée ». C'est aussi une question de préoccupation. Les soucis matériels liées à l'emploi, à la baisse continue du pouvoir d'achat sont autant d'obstacles aux préoccupations d'ordre culturel, qui nécessitent une certaine disponibilité d'esprit. Le combat que nous menons contre le chômage, pour de meilleurs salaires, une diminution de la charge et du temps de travail devrait donc interpeller tous les acteurs des activités culturelles.

Par ailleurs, la plupart des activités culturelles sont concentrées en centre ville. Et force est de constater que ce n'est ni vers les Montreurs d'Images, ni vers les expositions ou le théâtre que se dirige le plus grand nombre de ceux qui veulent « sortir ». Le combat pour le droit à la culture pour tous nécessiterait donc de véritables équipes militantes qui aient le souci de développer des projets permettant de partir des goûts des publics populaires pour aller vers la découverte d'horizons nouveaux. De telles équipes existent, aussi bien pour la musique que le théâtre ou le cinéma. Donner à ces équipes les moyens de leurs projets, avoir une politique volontariste en matière culturelle, telle devrait être l'attitude de la municipalité. Elus, nous oeuvrerions dans ce sens.

La nature même des critiques du candidat de la droite, Jean Dionis, concernant le projet du maire sortant de création d'un cinéma multiplex à Donnefort est à cet égard significative. Qu'un grand cinéma puisse être construit à proximité de la plus grande cité populaire d'Agen plutôt qu'au centre ville le fait se dresser... montrant par là que Dionis se veut avant tout le représentant des privilégiés.

Cela dit, notre liste n'est pas réellement convaincue par ce projet, non pas du fait du lieu de son implantation prévue, mais parce qu'il fait la part belle aux profits des investisseurs du privé. Autant l'idée de créer un pôle de loisirs à la périphérie de la ville nous paraît bonne, autant nous ne voyons pas pourquoi elle devrait être mise en oeuvre par des promoteurs privés plutôt que pour servir de support à des équipes professionnelles du spectacle ayant montré leur capacité militante en matière de diffusion de la culture en direction des milieux populaires.

Nul ne doit être mis au ban, tout le monde a le droit de se cultiver, de se divertir. Pourquoi ne pas plus aider les Montreurs d’Images afin de permettre des partenariats sur des projections dans tous les quartiers, sur des séances en plein air aux beaux jours, sur le développement de festivals susceptibles de toucher un large public dans les classes populaires ?

Le gouvernement est très largement responsable de la « paupérisation » culturelle en France, le ministère de la Culture préfère diminuer continuellement les subventions aux associations afin de favoriser une pseudo-culture de masse. Nous sommes convaincus que tout est question de rapport de forces. Il faut inverser le sens  des mesures anti-sociales actuelles et obtenir ce qui nous est dû : l’accès à la culture pour tous.

Pour la liste La Voix des classes populaires,

Jules BAMBAGGI et Bruno IMHAUS